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Les Kaïra, l'interview hot

Les Kaïra, l'interview hot

 

A l'occasion de la sortie en salle du film Les Kaïra, voici l'interview que nous a accordé Franck Gastambide (réalisateur et acteur du film) le mois dernier dans le magazine Hot Vidéo.

 

Si banlieue, hip hop et porno font bon ménage, rares sont ceux qui ont su aussi bien concilier ces trois univers que Franck Gastambide, à qui l’on doit la décapante série Kaïra Shopping, un téléachat à la sauce banlieusarde diffusé sur Canal Plus. Le porno, ce trentenaire qui cumule les casquettes de réalisateur, scénariste et acteur, connaît bien. Par le passé, il a réalisé quelques reportages sur le sujet pour le Journal du Hard, NT1, TF6, ainsi que pour Hotvideo.fr. Pas un hasard, donc, si dans son premier long-métrage, on retrouve les trois personnages de Kaïra Shopping lancés dans une quête improbable pour devenir acteurs porno.

 

HOT VIDEO : Comment est née l’idée de Kaïra Shopping ?

FRANCK GASTAMBIDE : C’était il y a cinq ans. J’étais cadreur chez MTV et je faisais des sketches pour l’émission de Mouloud. Il y avait déjà Mehdi et Jib, mes deux compères de Kaïra Shopping. Lorsque Mouloud est parti sur Canal Plus et que l’émission s’est arrêtée, je me suis dit : « Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on attend qu’ils nous foutent dehors ou est-ce qu’on essaie de faire quelque chose ? » J’ai réfléchi à un petit programme court comique pouvant se faire avec rien, parce qu’on n’avait rien, à part ma petite caméra. Etant donné qu’on n’avait pas accès à des bancs de montage, il fallait être drôle en une prise, en une minute trente. J’ai eu l’idée d’une sorte de télé-achat à la sauce banlieue, où l’on caricaturerait nos influences banlieusardes. On l’a proposé à Canal Plus, qui a trouvé ça très drôle, mais en même temps un peu anxiogène. Finalement, les mecs de Groland ont trouvé ça mortel et ont diffusé nos pilotes. Puis la directrice des programmes de Canal nous a appelé pour nous dire : « On a pour projet de faire la première web-série de Canal Plus et on a pensé à vous. Est-ce que vous pouvez écrire quarante sketches ? »

 

Vous aviez combien de temps ?

Une semaine.

 

Ah oui ! Tendu.

Evidemment les quarante sketches sont inégaux, mais il y a quand même eu quelques perles comme celui où on vend des loups, celui des cartes de police, le kaïraoké… Ces quelques épisodes ont buzzé et ont fait oublier ceux qui étaient moins drôles. Puis Canal nous a proposé de faire une deuxième saison. Puis Pepsi nous a demandé d’être les ambassadeurs de la marque. Puis la troisième saison a carrément été diffusée en clair sur Canal.

 

Franck Gastambide

Franck Gastambide, réalisateur du film Les Kaïra.

 

Et le film, c’est venu comment ?

C’est Matthieu Kassovitz, avec qui on avait fait un sketch, qui m’a dit : « Tes personnages sont super forts, tu devrais réfléchir à une fiction. » J’ai commencé à écrire, et c’est devenu Les Kaïra, qui n’est pas un film adapté de la série, mais un film avec les personnages de la série. L’histoire de trois mecs qui galèrent, qui n’ont pas de taf, pas de meuf, et qui, pour reprendre leur expression dans le film, « n’ont pas ken’ depuis 1000 ans ». Pour eux, à ce moment-là, devenir acteur porno semble être le meilleur métier du monde.

 

Dans la série, vous parliez déjà de porno. Je me souviens notamment d’un sketch avec Katsuni et son calendrier.

Avant d’écrire la première saison, je m’étais demandé : de quoi on a envie de parler ? Il fallait que ce soit en corrélation avec notre univers. C’est pour ça qu’il y a Matthieu Kassovitz, qui est le réalisateur du film culte des mecs de quartier (La Haine, NDR), qu’il y a Jérôme Le Banner (champion du monde de kick-boxing et de muay-thaï, NDR), qui est juste un Dieu pour ces mecs-là, et Katsuni, parce que c’est la star du X français,  et que j’ai toujours considéré que le porno, c’est… C’est-à-dire que le mec de banlieue, sa culture, elle est hip hop, et le porno est lié à la culture hip hop. Les rappeurs ont été les premiers à mettre des actrices porno dans leurs clips. Ils ont été les premiers à assumer leur fascination, leur attirance pour le porno. D’ailleurs, Snoop Dogg, qui est juste l’un des plus grands rappeurs au monde, a fait un film porno. Ensuite, 50 Cent a fait le sien. En France, il y a eu Gynéco, Stomy Bugsy, Passi, qui allaient aux Hot d’or. Ça faisait partie de leur image de marque.

 

En France, j’ai quand même l’impression que c’est moins le cas aujourd’hui, que les rappeurs se tournent plus vers la religion, donc moins vers le porno.

C’est vrai, j’ai l’impression que les nouveaux rappeurs assument moins, qu’ils souhaitent moins s’associer au porno. Perso, je suis de l’ancienne école. Pour moi, la pornographie, ça fait partie de la vie courante. Qui n’a pas vu de films porno ? D’autant plus quand tu es en galère de meufs.

 

Jib et Katsuni dans Les Kaïra

Jib et Katsuni dans Les Kaïra

 

On en revient au pitch du film…

Quand je raconte le pitch, ça fait sourire, mais en même temps ça tombe sous le sens. C’est des mecs un peu désociabilisés, qui ont des rapports compliqués avec leur famille, qui n’ont pas de meuf, pas de taf, et qui un jour tombent sur une photo de Manuel Ferrara accoudé à sa Bentley, devant sa maison à Los Angles. D’ailleurs, pour la petite histoire, cette photo, qu’on a refaite pour le film, je l’avais vue dans Hot Vidéo. Elle était titrée : « La Bentley, symbole de la réussite de Manuel Ferrara aux Etats-Unis ». Et je me souviens, je m’étais posé la question : qu’est-ce que ça peut provoquer dans la tête d’un petit mec qui est en galère ? Quand tes ambitions professionnelles se limitent à travailler à la mairie, à Carrefour ou à la MJC et que tu vois ça, est-ce qu’à un moment donné, tu ne te rêves pas à la place de ce mec ? En faisant abstraction de tout ce qui peut être compliqué et qui fait que même la vie de Manuel Ferrara est loin d’être simple – son rapport à sa femme, à ses enfants, etc. N’empêche, à ce moment-là, tu ne te poses pas toutes ces questions, tu te dis : il a une vie de dingue ce mec ! Tous les jours, il est payé pour baiser des meufs de 20 ans, il roule en Bentley et il vit dans une baraque avec piscine en Californie. Et quand en plus, tu découvre qu’il vient du 93, d’un coup tu t’identifies à ce mec. Je me suis identifié à ce mec. Et j’ai fait en sorte que les trois héros du film s’identifient à ce mec.

 

Tu t’es inspiré d’autres personnes ou éléments issus du porno pour le film ?

Oui, par exemple la scène avec François Damiens et Olga. Pour tout te dire, elle est inspirée d’un Hot Report que vous aviez fait avec Steph Debar et que j’avais trouvé incroyable.

 

Pour le coup, on est loin de la Californie…

C’est clair ! Le mec qui n’arrive pas à bander, rouge de transpiration, qui se branle, sa teub molle, devant elle qui bouge ses énormes seins et qui finit  par se taper le caméraman pour avoir une scène… En tant que journaliste dans le milieu du X, je n’ai jamais connu ça, mais là, pour le coup, c’est vraiment de l’ethnologie ! J’ai trouvé ça tellement incroyable que j’ai écrit une scène complètement pompée sur ce Hot Report. Cette scène existe dans le scenario, mais je me suis dégonflé à une semaine du tournage, je l’ai softisée. Il y a aussi une scène inspirée par les vieux Dorcel, genre film d’époque version porno, probablement les premiers films de cul que j’ai vu.

 

Le film Les Kaïra

Le film Les Kaïra

 

Quand tu as proposé le pitch à Gaumont, qui distribue le film, il n’y a pas eu de réticences de leur part ?

La vraie question, ce n’est pas : le porno, ça craint ? C’est : comment tu vas le traiter ? L’inquiétude de la Gaumont, c’était : il va ressembler à quoi le porno ? Est-ce que ça va être dégueu, est-ce que ça va être drôle, réaliste ? Je leur ai répondu : ça va être un mélange des trois. Ça va être drôle parce qu’il y aura des trucs dégueux – spéciale dédicace à Olga – et ça va être réaliste parce que je veux respecter une certaine crédibilité. Et puis quand je leur ai dit que François Damiens était d’accord pour faire le film, ça les a rassurés.

 

Et François Damiens, il a été facile à convaincre ?

La vérité, c’est qu’on a le même agent, ça m’a beaucoup aidé. Depuis le début, je rêvais de lui pour interpréter le rôle du producteur porno. Mais quand je lui en ai parlé la première fois, il m’a dit : « Ecoute, j’ai l’impression d’avoir déjà fait ce genre de truc. » Dans Dikkenek, il jouait un photographe de charme un peu dégueu. Du coup, il m’a dit : « Ne me demande pas de faire un mec dégueu. Je saurai le rendre un peu inquiétant, mais ne me demande pas de faire un perso dégueu. » J’ai fini pas lui dire : « A ma connaissance, aujourd’hui, les mecs qui font du business dans le porno, c’est des mecs d’école de commerce, c’est pas des gros dégueulasses. » Pierre Woodman, c’est fini. Quand tu parles à Joone, le patron de Digital Playground, il te parle de chiffres, de marketing. Il te parle de sa dernière série spéciale anale comme un mec te parlerait de son entreprise de BTP. Voilà ce que j’ai vendu à François Damiens. Et je me rappelle, il m’a répondu : « OK, mais je vais y ajouter quelque chose. Le mec a un costume, il est propre sur lui, mais quand même, t’as pas envie de laisser tes gosses avec. » Je lui ai dit banco.

 

François Damiens et Franck Gastambide

François Damiens et Franck Gastambide

 

J’imagine que le film ne sera pas « tout public ».

A l’heure où je te parle, on a déjà eu un avertissement de la part de Commission de classification des œuvres cinématographiques, et on aura sans doute une interdiction aux moins de 12 ans. Ça ne me dérange pas. Franchement, un gosse de 10 ou 12 ans n’a rien à faire dans cette salle. J’assume le fait d’avoir fait une comédie qui va un peu loin. Quand tu discutes avec des scénaristes de la place de Paris, il y en a beaucoup qui te disent, « ouais, moi je veux faire du cinéma comme les teen movies américains, aller un peu loin », et puis finalement, quand tu regardes leurs films, il n’y a pas grand-chose qui va loin. Là, je peux te dire qu’il y a eu de très grosses discussions en salle de montage avec les distributeurs et les producteurs. Et tu leur dis : « Les gars, vous êtes d’excellents producteurs de cinéma, mais vous avez 50 ans, et croyez-moi, les mecs de 20 ou 30 ans à qui on s’adresse, il n’y a rien qui va les choquer là-dedans. Sur internet, ils voient dix fois pire tous les jours. » Je n’avais pas envie que les personnages ressemblent aux Lascars Gays, le truc qui passe chez Ruquier. Sans jugement de valeur. C’est juste que les Lascars Gays, ça passe à 18h sur France Télévision. Nous, on est sur le site de Canal, on vend du sperme, des calendriers de cul et des ours qui défoncent des mecs. Notre humour, il est un peu borderline. Il fallait que le film soit un peu borderline.